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Différences

Jésus et les infirmes

30 octobre 2020

 

Jésus ouvre un chemin qui peut nous aider à mieux recevoir des personnes en situation de handicap.

« Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin de médecins, mais les malades. Ce ne sont pas des justes, mais des pécheurs, que je suis venu appeler à un changement radical», dit Jésus (Luc 15, 31-32).

Infirme, malade ou même pécheur ? Il y aurait donc un lien entre l’infirmité et le péché ? C’est ce que pensaient la plupart des contemporains de Jésus et on voit qu’aujourd’hui encore nous avons tendance à accuser celles et ceux qui tombent malades de la Covid : « Ils n’ont pas fait attention», « C’est de leur faute, ils ont fait des bises ou la fête. »…

Jésus va contester ce lien entre maladie et péché (Jean 9, 3) et vient donc libérer celles et ceux qui sont malades ou en situation de handicap de leur souffrance physique mais aussi de la culpabilité qui pèse sur eux. Il prend soin et vient sauver l’être tout entier.

La faiblesse

En grec, le mot traduit par « infirme » ou « malade » dit plutôt un état de faiblesse, sans force. À l’opposé, se trouvent les « bien-portants », au sens de sain, en bonne santé. Ou les « valides », dans Matthieu 15, 31 : « La foule s’étonnait de voir les sourds et muets parler, les estropiés redevenir "valides", les infirmes marcher, les aveugles voir, et elle glorifiait le Dieu d’Israël. »

Le valide ici est celui qui est bien portant, fort, mais avec une idée d’efficacité. Le valide est celui qui peut travailler, celui qui est utile, capable. Il n’y a pas si longtemps, n’appelait-on pas les personnes handicapées, les « incapables » ? Car dans un monde agricole, avoir un enfant handicapé, c’était renoncer à avoir une future force de travail et avoir en plus une charge à s’occuper.

Jésus change la donne

Jésus vient annoncer en paroles et en gestes une vraie libération à tous les niveaux pour les personnes qui ont moins de force, les infirmes, les malades, les inutiles, les exclus…

Il refuse donc de maintenir le lien entre infirmité et péché.

Il redonne une place centrale à celles et ceux qui étaient exclus de la communauté par peur d’une contagion, par impureté ou par condamnation (Matthieu 8, 1).

Il agit par la parole au nom de son Père. Parole de pardon et de libération offerte à toutes celles et ceux qui mettent leur confiance en Dieu.

Il agit par le geste : guérison, bénédiction, même dans les situations où le toucher semble interdit ou tabou (Marc 1, 41).

Il se laisse interpeller par les situations qu’il rencontre, souvent inattendues (Mat 9, 20). Il n’a pas de programme de guérison, il sait qu’il y aura toujours des malades ou des handicaps, mais montre, à travers ces rencontres, des signes de l’amour de Dieu.

Il annonce que les personnes malades ou en situation de handicap n’ont pas seulement besoin de soin du corps mais aussi d’une écoute, d’un accompagnement dans leur vie éprouvée, et d’une parole qui redonne sens à leur vie. Jésus vient enlever les obstacles physiques ou spirituels qui empêchent la personne de prendre sa place, c’est-à-dire tout ce qui la met en situation de handicap. Ainsi, c’est bien situation qui doit d’abord être transformée pour que la personne soit pleinement incluse dans la communauté humaine : cela peut être la pose d’une rampe d’accès, le vote d’une loi, mais aussi le changement du regard posé sur elle.

Dignité retrouvée

Jésus ne prétend pas et n’appelle pas à éradiquer toute forme de maladie et de handicap dans le monde. Il est aussi important pour lui de révéler à chacune et chacun sa capacité et sa liberté à retrouver sa dignité et sa place avec les autres et devant Dieu. Pour arrêter de se demander en permanence comment changer l’autre, mais l’accepter tel qu’il est, tout faire pour lui apporter un mieux-être et s’enrichir à sa rencontre.

Joël Dahan
Pasteur à Bergerac

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